AnSofi,
Samedi matin, je m'apprêtais à t'écrire pour ton anniversaire, en me reprochant d'avoir deux jours de retard, et j'ai voulu regarder tes derniers résultats au hockey... On trouve tout sur internet: il n'y a plus ton bêtisier, mais la nouvelle de ta mort, et ce mémorial avec ces nombreuses personnes que tu laisses orphelines.
Quel choc d'apprendre que tu n'es plus là. On ne s'est pas beaucoup vues ces dernières années, la faute à mes déplacements et à tes entraînements, mais on en a listé, des expos à voir - les deux dernières, c'était Tintin à Beaubourg et une expo au Palais Galliéra. Tu venais de commencer ton aventure dans la couture...
C'est la dernière fois que je t'ai vue et on s'était parlé comme si on s'était vues la veille. Tu venais de t'acheter une yaourtière et un livre de recettes, je t'ai parlé des mes cours de mécanique. Et quand on est reparties chacune de notre côté, j'avais encore tellement de choses à te dire...
Parce que tu étais unique. Passionnée et toujours dans les extrêmes, à fond dans tout ce que tu faisais: la nature morte que tu avais apportée entre deux cours à l'ISTP nous avait tous impressionnés; le bêtisier t'a valu quelques moments de gloire sur la toile (et j'étais très fière d'y avoir modestement contribué avec une de mes copies, ornée d'un
magnifique 0); tu en remontrais en info aux geeks de l'EPITA, en ayant tout appris toute seule; tu t'étais mise aux rollers en quelques mois (semaines?) alors que j'avais les miens depuis des années, et puis tu as ajouté des lames à tes patins, et tu as commencé le hockey parce que tu voulais t'éclater comme ton frère.
Je ne sais pas si tu as pu te rendre compte de ce que tu apportais aux autres - moi je t'ai toujours admirée parce que tu étais entière, y compris dans tes désillusions.
J'aimais ton enthousiasme, j'aimais tes mails qui alternaient entre quelques mots évasifs après des mois d'absence, et des dizaines de lignes; j'aimais ta voix, ton rire et ta force fragile; j'aimais ton engagement et la facilité avec laquelle tu faisais plein de choses...
C'est dur de parler à l'imparfait.
Je ne t'enverrai plus de cartes postales, mais je garde sur ma bibliothèque, juste à ma gauche, la rose des sables que tu m'avais confiée il y a des années, du temps où tu venais me voir dans ma chambre de bonne à Bastille. Elle a déménagé avec moi de nombreuses fois depuis plus de dix ans, mais est toujours restée à la place d'honneur, et en a une d'autant plus importante maintenant que tu n'es plus là.
Je pense très fort à ta famille et à tes proches, et en particulier à tes frères, que tu aimais tant. J'espère que le temps adoucira la douleur de tous ceux à qui tu manques maintenant.





